Lettre à l’ARDP – 26/12/17

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Mme Elisabeth FLURY-HERARD
AUTORITÉ DE RÉGULATION DE LA DISTRIBUTION DE LA PRESSE
99, boulevard Malesherbes
75008 PARIS

Paris, le 26 décembre 2017,

Madame la Présidente,

Le CSMP, par ses Décisions 2017-09 et 2017-10 du 20 décembre 2017 remet sur le métier le « Projet Supérettes », – sur lequel nous avions exprimé de vive voix il y a quelques semaines auprès de votre assemblée une opposition totale –, visant à ouvrir des points de vente dans les supérettes de centre-villes, points de vente ne proposant qu’une sélection de titres de presse déterminés en fonction de leur potentiel de diffusion.

Nous vous demandons de censurer ces décisions, comme les précédentes portant sur le même sujet, parce qu’elles portent un préjudice majeur à l’ensemble de la profession.

D’une part, dans le contexte de la très grave crise que traverse la messagerie Presstalis, on ne peut que considérer que le CSMP, du fait d’une absence de représentation de la profession dans sa totalité, a manifestement fait défaut à sa mission de contrôle des messageries. Valider des décisions de cette instance dans la conjoncture actuelle d’une profonde remise en cause de la gouvernance de la filière reviendrait à entériner des choix effectués par une oligarchie d’éditeurs qui ne tiennent aucun compte de leur minorité de fait : au CSMP comme à Presstalis, ils ne sont qu’une douzaine, sur plus de 1 000 éditeurs indépendants, à décider contre la logique du marché, contre l’intérêt commun de la filière et contre le bon sens. La conséquence en est lisible aujourd’hui dans les comptes de Presstalis…

D’autre part, nous demandons à l’ARDP de bien vouloir prendre acte de deux défauts fondamentaux du « projet Supérettes » :

– ouvrir en ville, dans la zone de chalandise globalement couverte par de véritables marchands qui proposent l’ensemble des titres de presse, des points de vente proposant en concurrence au même public les titres les plus vendeurs de leur assortiment de publications ne peut que conduire les spécialistes à fermer boutique puisqu’ils perdront une part majeure de leur chiffre d’affaires ;

détourner ainsi une part de la clientèle des points de vente traditionnels ne peut avoir que des conséquences excessivement mortifères pour la presse magazine spécialisée à centre d’intérêt, qui représente près de 4 500 titres et 950 entreprises, et qui ne sera pas représentée dans les panels proposés par les éditeurs leaders du marché pour l’assortiment en supérettes. De fait, la baisse des ventes de la presse dans son ensemble est déjà attribuée pour partie à la baisse du trafic dans les points de vente traditionnels du fait de l’effondrement des ventes de la presse quotidienne et de la presse télé. L’amplifier serait compromettre encore davantage la survie de la presse spécialisée.

Plus que jamais, le CSMP, courroie de transmission sans contre-pouvoir de la seule volonté des éditeurs du SEPM et du SPQN, impose une vision univoque de la filière, dans leur seul intérêt à court terme.

Les éditeurs indépendants, dont le SAEP représente les intérêts, et qui dépendent majoritairement de la vente de leurs titres dans un réseau de diffusion pérenne et compétent, ne peuvent admettre de se voir écartés d’une nouvelle catégorie de points de vente, et refusent que ce projet irresponsable détruise les maillons essentiels de leur propre réseau de vente en ville.

Espérant que nos arguments seront entendus par votre assemblée, nous nous tenons à votre disposition pour en défendre le bien-fondé.

Veuillez agréer, Madame la Présidente, l’expression de nos sentiments distingués.

Philippe LOISON

Président du SAEP

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